Des lettres d’auto-évaluation pour une évaluation conversationnelle

Cher professeur

Briser le monopole de l’évaluation

Puisqu’il s’agit de développer l’autonomie des élèves, toutes les occasions sont bonnes pour les « sortir du siège de passager » et « les placer au volant » de leur apprentissage (selon la métaphore filée par Ike Shibley dans « Putting Students in the Driver’s Seat« ).

L’enjeu est particulièrement sensible concernant l’évaluation : on sait quel puissant levier d’apprentissage constitue l’auto-évaluation, comme l’a documenté John Hattie. Mais on sait aussi à quel point le monopole des enseignants dans l’évaluation rend les élèves passifs dans leur apprentissage, comme le rappelle Arthur Chiaravalli (« Teachers Going Gradeless. Toward a Future of Growth Not Grades« ) :

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Comme le formume Catlin Tucker :

« Like too many aspects of edu, students play a passive role in the traditional grading system. »

Entrer en correspondance

Dès lors, pourquoi ne pas impliquer explicitement les élèves en leur proposant de rédiger régulièrement des lettres d’auto-évaluation ?

Inspiré par Arthur Chiaravalli (et ce qu’il nomme « linked letter »), je demande désormais à mes élèves de rédiger et de m’envoyer des lettres d’auto-évaluation (en voici les consignes). Voici des exemples de belles lettres d’élèves (au format Word) auxquelles je réponds par des commentaires :

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Maintenir la conversation

L’exercice est très fructeux et contribue à développer une culture de l’évaluation formative continue et conversationelle. Comme le formule encore Arthur Chiaravalli : « The goal is to “keep the conversation going” as long as possible. »

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C’est la même idée que propose d’ailleurs Catlin Tucker : “Conversations Instead of Grades. »

Entrer dans la danse ?

La correspondance en ligne est riche (notamment par les traces qu’elle génère), mais elle ne remplace pas de véritables entretiens individualisés. Cependant, il est difficile d’organiser de tels entretiens individualisés avec les élèves, en raison de la difficulté d’en trouver le temps et le lieu. Certes, on pourrait imaginer des entretiens vidéos, mais ici encore on déborde fortement le temps de la classe…

Une piste a cependant retenu mon attention : le dispositif de la rotation d’ateliers (« Station Rotation Model ») proposé par Catlin Tucker, couplé à sa proposition de ne jamais évaluer hors de la classe (« Stop Taking Grading Home« ).  — A explorer !

Apprendre à rédiger avec un tableur

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L’enseignant est un architecte de situations d’apprentissage. Celles-ci sont efficaces quand elles permettent des rétroactions rapides et fréquentes, allant dans le sens d’un suivi fin et d’une véritable conversation. Dans cette perspective, l’utilisation d’outils numériques se justifie lorsque ceux-ci apportent — mieux que le papier — de telles possibilités d’interaction et de collaboration (immédiates ou différées), mais aussi de publication. Tel est le cas des tableurs, notamment dans leurs versions en ligne. 

L’usage du tableur se justifie aussi par la nécessité de développer la littératie numérique des élèves, autrement dit leur capacité à travailler avec les outils numériques fondamentaux. Or le tableur fait pleinement partie de tels outils. Il est dès lors important pour les élèves d’être formés à l’utilisation du véritable couteau suisse numérique qu’est le tableur. Cet outil ne sert pas qu’à effectuer des calculs : les données organisées dans des grilles peuvent être des textes.

Flexible, polyvalent et désormais en ligne (donc partageable et collaboratif), ses potentialités en font un outil de choix pour la conception de situations d’apprentissage. Pourquoi ne pas explorer plus avant ses potentialités pour des activités de recherche, d’écriture et d’évaluation ?

The answer is always a spreadsheet.
— Alice Keeler, @alicekeeler

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Suivi des prises de paroles négociées et des compétences avec un tableur

capture-decran-2017-02-18-a-21-18-14Un billet précédent a expliqué comment utiliser un tableur pour suivre des activités de prises de paroles négociées en groupes. Le but est ici d’inciter les élèves à élaborer collaborativement des réponses, et à prendre davantage la parole.

Je propose une version incluant le suivi de compétences. Le but est d’inciter les élèves à mettre en œuvre certaines compétences utiles dans l’apprentissage. Le tableur permet de de demander et de valoriser les compétences voulues dans les prises de parole.

Dans le cas de cours de philosophie, par exemple, j’attends que les prises de paroles comportent du questionnement, de l’argumentation, de la précision conceptuelle et des références à la culture philosophique et générale. Le tableur permet aussi de visualiser ces compétences par des badges ou des pictogrammes.

  • Voici une explication en vidéo.

Comme toujours, cette proposition très améliorable attend vos remarques avec curiosité.

L’élève « hacker » de son évaluation

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Comment donner plus d’autonomie et de responsabilité aux élèves dans leurs apprentissages ? Comment développer entre les élèves et les enseignants une culture de l’évaluation formative continue (permettre la reprise et l’amélioration des exercices) et de l’évaluation conversationnelle (discuter avec les élèves de ces améliorations) ?
Pour soutenir cette démarche, je propose un dispositif numérique assez simple et très flexible, sous la forme d’un tableur par lequel chaque élève peut faire le suivi de ses travaux et de ses performances, auto-évaluer ses compétences, ainsi qu’émettre des remarques à propos du cours. Ce tableur partagé (en ligne) permet la discussion avec l’enseignant — et pourquoi pas entre les pairs ? — via les commentaires associés aux cellules. Il est élaboré avec Sheets (Google).

N.B. : des mises en œuvre sont également possibles avec Excel (O365), Numbers (iCloud) ou dans une certaine mesure avec Framacalc, — mais avec certaines limitations (telles que l’affichage des badges).

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Un formulaire de suivi autonome des travaux

travailJ’évalue toujours par des commentaires les travaux formatifs des élèves (s’ils ne reçoivent pas de notes, je chiffre cependant leurs compétences sur 5 points pour mon guidage pédagogique). De plus, je reçois souvent les travaux à des rythmes variés (préférant un travail d’entraînement finalement fait à une absence de travail). Mais n’étant pas un garçon très organisé, il m’arrive parfois de perdre le compte de ce qui a été fait par les élèves…

Ayant le goût de responsabiliser les élèves, je leur demande donc de tenir eux-mêmes le relevé de l’état de leurs travaux. Pour cela, j’utilise désormais un dispositif assez simple et assez efficace : un formulaire Google Forms leur permettant de compléter régulièrement l’état de leurs travaux.

Voici un exemple du formulaire. Voici le lien pour faire une copie éditable du formulaire (avec un compte Google).

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Transmettre des commentaires oraux pour des travaux sur papier

Les commentaires oraux sur les travaux des apprenants sont pédagogiquement efficaces (1). Parce qu’il n’est pas toujours facile des les communiquer en présentiel, il est intéressant de pouvoir les communiquer à distance (sous forme d’enregistrements audio de vos commentaires oraux). Cela est possible, même si vos élèves ou vos étudiants vous remettent leurs travaux au format papier (un précédent billet détaille une méthode avec un terminal de poche Android).

Je propose ici un schéma présentant les différentes étapes et les différents outils mobilisables. Ce schéma sera mis à jour et complété (dans sa version en ligne).

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Corriger numériquement (et efficacement) des copies papier

Si vos élèves ou vos étudiants vous remettent systématiquement leurs travaux sous forme numérique, vous êtes déjà engagés dans l’augmentation de votre travail de correction. Au cas contraire (c’est largement le mien), vous pouvez faire un détour par la numérisation des copies papier (au format pdf) pour bénéficier de l’efficacité et de la richesse d’une correction numérique. Plusieurs applications permettent en effet de saisir des remarques sur des documents pdf, mais aussi d’y placer ou d’y « tamponner » à la volée des remarques-types bien pratiques.

Certes, tous les travaux ne justifient pas ce dispositif. Mais pour les travaux qui requièrent des commentaires fournis, cela se révèle très utile, tant pour l’enseignant que pour l’apprenant.papier-numérique

N.B. : pour une approche complémentaire (en environnement « tout numérique ») voir le billet de Yann Houry : « Corriger des copies numériques ». Lire la suite