Des lettres d’auto-évaluation pour une évaluation conversationnelle

Cher professeur

Briser le monopole de l’évaluation

Puisqu’il s’agit de développer l’autonomie des élèves, toutes les occasions sont bonnes pour les « sortir du siège de passager » et « les placer au volant » de leur apprentissage (selon la métaphore filée par Ike Shibley dans « Putting Students in the Driver’s Seat« ).

L’enjeu est particulièrement sensible concernant l’évaluation : on sait quel puissant levier d’apprentissage constitue l’auto-évaluation, comme l’a documenté John Hattie. Mais on sait aussi à quel point le monopole des enseignants dans l’évaluation rend les élèves passifs dans leur apprentissage, comme le rappelle Arthur Chiaravalli (« Teachers Going Gradeless. Toward a Future of Growth Not Grades« ) :

Capture d_écran 2017-04-23 à 18.13.32

Comme le formume Catlin Tucker :

« Like too many aspects of edu, students play a passive role in the traditional grading system. »

Entrer en correspondance

Dès lors, pourquoi ne pas impliquer explicitement les élèves en leur proposant de rédiger régulièrement des lettres d’auto-évaluation ?

Inspiré par Arthur Chiaravalli (et ce qu’il nomme « linked letter »), je demande désormais à mes élèves de rédiger et de m’envoyer des lettres d’auto-évaluation (en voici les consignes).

L’élève est invité à rédiger un texte de présentation de lui-même, et d’auto-évaluation (il y a aussi une évaluation du cours et de l’enseignant). Il est attendu que l’élève place des liens vers des exemples de ses travaux montrant ses essais et son apprentissage.

Un processus réflexif de type ePorfolio

En ce sens, cet exercice s’inscrit pleinement dans la loghique du ePortfolio.

« Un ePortfolio est le résultat d’un processus (réflexif) au cours duquel son auteur collecte, sélectionne, organise, analyse et présente les preuves de ses expériences, réalisations et apprentissages — pour lui/elle-même ou une audience particulière. » — Serge Ravet.

Exemples

Voici des exemples de belles lettres d’élèves (au format Word) auxquelles je réponds par des commentaires :

S6PH2B_auto-évaluation_-_mi-semestre_2_docx__Mode_de_compatibilité_

> Lien vers la grande image.

eleve2

S6PH2A

Maintenir la conversation

L’exercice est très fructeux et contribue à développer une culture de l’évaluation formative continue et conversationelle. Comme le formule encore Arthur Chiaravalli : « The goal is to “keep the conversation going” as long as possible. »

going

C’est la même idée que propose d’ailleurs Catlin Tucker : “Conversations Instead of Grades. »

Entrer dans la danse ?

La correspondance en ligne est riche (notamment par les traces qu’elle génère), mais elle ne remplace pas de véritables entretiens individualisés. Cependant, il est difficile d’organiser de tels entretiens individualisés avec les élèves, en raison de la difficulté d’en trouver le temps et le lieu. Certes, on pourrait imaginer des entretiens vidéos, mais ici encore on déborde fortement le temps de la classe…

Une piste a cependant retenu mon attention : le dispositif de la rotation d’ateliers (« Station Rotation Model ») proposé par Catlin Tucker, couplé à sa proposition de ne jamais évaluer hors de la classe (« Stop Taking Grading Home« ).  — A explorer !

L’élève « hacker » de son évaluation

Capture d’écran 2016-12-25 à 20.14.19.png

Comment donner plus d’autonomie et de responsabilité aux élèves dans leurs apprentissages ? Comment développer entre les élèves et les enseignants une culture de l’évaluation formative continue (permettre la reprise et l’amélioration des exercices) et de l’évaluation conversationnelle (discuter avec les élèves de ces améliorations) ?
Pour soutenir cette démarche, je propose un dispositif numérique assez simple et très flexible, sous la forme d’un tableur par lequel chaque élève peut faire le suivi de ses travaux et de ses performances, auto-évaluer ses compétences, ainsi qu’émettre des remarques à propos du cours. Ce tableur partagé (en ligne) permet la discussion avec l’enseignant — et pourquoi pas entre les pairs ? — via les commentaires associés aux cellules. Il est élaboré avec Sheets (Google).

N.B. : des mises en œuvre sont également possibles avec Excel (O365), Numbers (iCloud) ou dans une certaine mesure avec Framacalc, — mais avec certaines limitations (telles que l’affichage des badges).

Lire la suite

“It takes two to tango” : implication des élèves dans la visualisation et la différenciation des évaluations

 

L’évaluation doit impliquer l’évalué et l’évaluateur (“It takes two to tango”), et elle gagne aussi à être différenciée selon l’état de finalisation du travail. Pour répondre à ces deux exigences, je reprends une stratégie de Tom Barrett (The 30% feedback) pour l’intégrer aux outils numériques d’écriture collaborative (notamment Google Documents) et pour créer un tableau de bord de l’enseignant (dans Google Drive et dans Google Classroom).

Lire la suite