Changez la donne : utilisez des diapositives de commentaires

N’utilisez pas toujours un document de texte en ligne

Bien entendu, les traitements de texte en ligne collaboratifs sont extrêmement utiles pour les travaux d’élèves, car vous pouvez y accéder et y saisir vos commentaires . Mais ils ne sont pas toujours l’outil le plus adapté, notamment par ce qu’ils obligent l’enseignant.e à naviguer dans une multitude de documents remis par les élèves.

Bien souvent, d’ailleurs, les élèves pourraient plus avantageusement remettre leur travaux via un formulaire en ligne, comme Google Forms (astuce : utilisez alicekeeler.com/form pour saisir vos questions sur une feuille de calcul et les transformer rapidement en un formulaire Google).

Utilisez une application de diaporama et ajoutez une (ou plusieurs) diapositives de commentaires

Avec une application de diaporama telle que Google Slides, vous n’êtes pas limités aux commentaires figurant sur le côté du document (dans le cas d’un travail avec Google Docs). Au lieu de cela (en fait, en plus de cela), vous pouvez ajouter votre propre diapositive aux diapositives des élèves et prendre autant de place que souhaité pour vos commentaires.

N.B.: les outils utilisés ici sont ceux de G Suite for Education (il ne faut pas recueillir ni traiter des données personnelles d’élèves avec un compte personnel Google), notamment Google Slides. Il est évidemment possible de reproduire ces dispositifs avec des solutions tierces (p.e. Microsoft O365 Education).

Google Slides: c’est du multimédia

Toutes les activités que vous pouvez distribuer dans Google Docs peuvent être aussi bien distribuées dans Google Slides. Et c’est souvent mieux ! L’avantage de Slides est en effet la possibilité d’ajouter des éléments multimédias. De fait, le travail des élèves peut en être stimulé et les inviter à davantage de créativité.

Chaque diapositive dans Google Slides a une URL unique

Lorsque vous êtes sur une diapositive (par exemple, la diapositive n° 5), sélectionnez son url dans la barre d’adresse du navigateur(avec le navigateur Chrome, vous pouvez utilisez le raccourci clavier Ctrl + L) puis copiez la (Ctrl + C). Ce lien vous amènera directement à cette diapositive.

Des commentaires en vidéo

Vous pouvez même ajouter des commentaires vidéos aux travaux de vos élèves.

Pour cela, vous pouvez utiliser, par exemple, l’extension Screencastify dans le navigateur Chrome. La vidéo s’enregistre automatiquement dans Google Drive. Dans Google Slides, utilisez alors le menu Insérer, puis choisissez Vidéo et choisissez l’option Google Drive pour ajouter votre vidéo Screencastify.

N.B. : modifiez une fois pour toutes les paramètres de partage du dossier Screencastify dans votre Google Drive, afin que toute personne ayant le lien d’une vidéo lien la visionner (sans cela, vos vidéos resteraient privées).

Modèle de diaporama de commentaires

Si vous le souhaitez, faites une copie du modèle de feedback avec Google Slides (alicekeeler.com/slidesfeedback).

Si vous cliquez sur la petite flèche à côté de l’icône « plus » dans la barre d’outils, vous verrez toutes les mises en page. Notez que la dernière mise en page est violette. C’est la mise en page du feedback.

Communiquez le lien vers la diapositive de commentaires

Si vous ajoutez une diapositive de commentaires, vous souhaitez la communiquer à l’élève concerné. Il suffit de copier l’url de cette diapositive et la communiquer à l’élève. Faites Ctrl + L pour sélectionner l’URL (ou cliquez simplement dessus) et Ctrl + C pour la copier. Vous pouvez alors la communiquer, par exemple en la collant (Ctrl + V) dans les commentaires privés de Google Classroom. Ce lien dirige directement l’élève vers les commentaires qui lui sont destinées, sans devoir l’obliger à faire défiler toutes les diapositives.


Article adapté de Game Changer – Add a Feedback Slide, avec l’autorisation d’Alice Keeler.
Ce contenu est soumis au droit d’auteur et n’est pas sous licence Creative Commons.

5 raisons d’utiliser Google Slides au lieu de Docs

Google Docs est certainement un outil d’une remarquable efficacité. Cependant, ce n’est pas toujours le plus adapté à vos besoins. Choisir stratégiquement ses outils est une dimension importante de la compétence numérique, comme en témoigne par exemple Europass (basé sur le cadre européen DigComp). L’utilisateur expérimenté en résolution de problèmes peut en effet déclarer ;

« Je peux choisir l’outil, l’appareil, l’application, le logiciel ou le service le mieux adapté pour résoudre un problème non technique. »

Voici donc 5 raisons d’utiliser Google Slides, et de réfréner peut-être l’habitude de choisir – sans trop réfléchir ? – Google Docs.

1. Collaborer

Certes, toutes les applications de G Suite sont des outils de collaboration. Mais lorsque vous voulez collaborer, Slides peut l’emporter sur Docs. En effet, même en collaborant avec une seule autre personne dans un Google Doc, il peut être déconcertant de voir son texte passer à la page suivante pendant qu’on travaille dessus, du fait des modifications apportées en amont par l’autre personne. Pour éviter cela, une astuce est d’appuyer plusieurs fois sur la touche Entrée pour donner à chaque personne de l’espace pour saisir son texte, sans avoir à se battre pour le curseur.

Avec Google Slides, cependant, ce n’est pas un problème. Vous ajoutez des zones de texte et ces zones de texte ne se déplacent pas lorsque quelqu’un d’autre modifie les diapositives.

Pour vos élèves, faites une diapositive de base et partagez-la avec toute la classe. Chaque élève dispose ainsi de sa propre diapositive, en dupliquant cette diapositive de base.

Instructions pour les élèves : Ajoutez une diapositive et inscrivez votre nom dans les notes de l’orateur.

Pour autant, il est très facile d’avoir des discussions et de partager ensemble des idées dans un même Google Slides.

2. Donner et recevoir du feedback

Google Slides est un canevas ouvert. Vous pouvez par exemple faire glisser une illustration sur une diapositive d’élève, sans pour autant déranger son travail d’écriture.

Vous pouvez profiter de l’espace hors cadre pour insérer des commentaires et des illustrations, telles que des emojis personnalisés (avec Bitmoji). L’insertion d’images ou de texte dans un Google Doc d’élève a tendance à brouiller le document ! Cela déplace le texte et modifie finalement le document lui-même.

Notez que vous pouvez commenter dans une diapositive Google de façon granulaire, un mot ou une phrase, tout comme vous pouvez le faire dans un Google Doc.

Avec Google Slides, vous pouvez ajouter une toute nouvelle diapositive au travail des élèves, en en modifiant la couleur de fond. Cette « feuille vierge » vous offre toute la place pour donner des rétroactions et des commentaires, plutôt que de vous efforcer de le faire, tant bien que mal, dans une marge trop étroite.

L’élève peut ainsi facilement visualiser tous les commentaires sur les diapositives grâce au code de couleur.

Les mises à jour pour les élèves basées sur les commentaires sont également faciles, car ceux-ci peuvent simplement ajouter une autre diapositive.

3. Insérer du multimédia

Contrairement à Google Docs, vous pouvez ajouter des vidéos à Google Slides. Utilisez par exemple Screencastify pour enregistrer le commentaire au format vidéo, en les sauvegardant automatiquement dans Google Drive. Utilisez ensuite le menu Insérer pour ajouter la vidéo directement sur la diapositive de l’élève. Les élèves peuvent également ajouter de la vidéo à leur travail, ce qui ajoute une toute nouvelle dimension.

4. Facilité de prise en main et de suivi

Avoir à ouvrir et à circuler entre 30 Google Docs (un par élève) est certainement quelque chose que vous voulez éviter… Pour aider les élèves à démarrer, commencez par un Google Slides collaboratif. Créez une diapositive et partagez-la avec la classe avec un accès en modification autorisée. Pendant qu’ils saisissent leur contenu, vous pouvez plus facilement intervenir et donner votre avis, en restant dans un seul et même document.

Lorsque vous repérez une diapositive vierge, vous savez qu’un élève a du mal à démarrer et vous pouvez aller vous asseoir avec lui, dans la classe, pour l’aider. C’est plus difficile à identifier lorsqu’ils travaillent dans des Google Docs individuels, n’est-ce pas ? Les élèves peuvent toujours, par la suite, copier et coller leur contenu dans un Google Doc individuel, si l’on a besoin de copies finales formalisées.

5. Partage facile par URL ciblées

Si un élève répond à la question 20 dans un Google Doc, vous devez faire défiler l’intégralité de ce Google Doc pour examiner sa réponse. Cela va pour un élève… mais pas pour toute une classe. Faire cela encore et encore prend un temps précieux.

Demandez plutôt aux élèves de traiter une question par diapositive. Ils pourront ensuite vous soumettre le lien spécifique correspondant à la diapositive 20. Un jeu simple de touches permet cela : ‘Contrôle (ou Commande) L » met l’URL en surbrillance dans la barre d’adresse du navigateur Chrome, et ‘Contrôle (ou Commande) C’ la copie. les élèves peuvent alors coller ce lien dans un courriel demandant de l’aide ou le soumettre aux commentaires privés dans Google Classroom pour vous diriger exactement vers cette diapositive.

Vous pouvez aussi faire cela lorsque vous examinez ou corrigez un travail. Vous regardez par exemple la 12e diapositive d’un travail soumis par un élève et, après avoir saisis vos commentaires, vous mettez en surbrillance l’URL et la copiez, pour la communiquer à l’élève. « Je t’ai laissé un commentaire dans sur la question 12. Réponds à présent à ce commentaire. Voici le lien », ou simplement « J’aime vraiment ce que tu as écris ici ! », et vous placez le lien vers la diapositive à laquelle vous faites spécifiquement référence.

Essayez les diapositives

Examinez donc bien les raisons pour lesquelles Google Docs est, ou non, le meilleur outil pour votre activité d’apprentissage. Il se peut bien que Google Slides soit plus adaptée !


Article adapté de 5 Reasons to Use Google Slides Instead of Docs, avec l’autorisation d’Alice Keeler.
Ce contenu est soumis au droit d’auteur et n’est pas sous licence Creative Commons.

Enseignez à distance avec Google Slides

Comment fournir des instructions en ligne ?

Si vous proposez actuellement à vos élèves du matériel numérique via Google Classroom, Microsoft Teams, OneNote, Schoology, Canvas, etc… votre stratégie d’apprentissage à distance est sans doute suffisante.

Toutefois, si vous n’avez jamais utilisé l’une de ces plateformes ou si vous ne l’utilisez pas systématiquement, Google Slides est une excellente solution.

Une présentation unique

Créez une unique présentation Google Slides par classe, que vous utiliserez en cas de fermeture de l’école. Ne modifiez pas le lien : les élèves accéderont à ce même lien chaque jour. Puisque Google Slides n’est pas une pièce jointe que l’on télécharge, les élèves voient toujours la version mise à jour à chaque fois qu’ils y accèdent.

Conseil : Préparez des diapositives supplémentaires dans une présentation Google Slides différente et copiez-collez-les lorsque vous êtes prêt à les ajouter aux diapositives que les élèves voient.

Les diaporamas fonctionnent aussi hors ligne

En cas de faible connectivité, Google Slides peut être consulté même hors ligne. L’inconvénient est que les mises à jour des diapositives ne seront pas accessibles avant la reconnexion.

Certains élèves ayant une faible connectivité à leur domicile pourront se déplacer pour atteindre une zone ayant un wifi ouvert (près d’un commerce de restauration, par exemple), et se connecter brièvement pour mettre à jour les diapositives (travaillez aussi avec les familles qui n’ont pas d’accès pour trouver des alternatives à l’utilisation des solutions numériques). Une fois mis à jour, les élèves peuvent utiliser les diapositives dans une situation de faible connectivité ou d’absence d’internet à la maison.

Vous pouvez aussi demander aux élèves d’ouvrir les diapositives lorsqu’ils disposent d’une connexion, avant qu’ils n’aient besoin de les utiliser. Cela leur permet de les ajouter à leur Google Drive.

  • Si vos élèves ont des comptes G Suite pour l’éducation, vous pouvez ajouter leurs comptes dans les paramètres de partage en tant que lecteurs.
  • Si vos élèves ont seulement des comptes Google personnels, vous pouvez les ajouter comme lecteurs, mais pas comme éditeurs ni commentateurs. En effet, les comptes personnels ne sont pas compatibles avec les règles de protection de données personnes (comme le RGPD dans l’Union Européenne). 

Placez le plus récent au début

Lorsque vous concevez votre diaporama pour l’enseignement à distance, pensez que vous ne voulez pas obliger les élèves à devoir faire défiler des travaux ou des messages qu’ils ont déjà vus. Si vous mettez le travail à jour quotidiennement, placez les jours de travail actuels en haut du diaporama.

La première diapositive, par exemple, sera pour mercredi. La cinquième diapositive pour le mardi, etc.

Continuez à utiliser les mêmes diapositives Google Slides tout le temps. Ajoutez simplement les nouveaux jours en haut au lieu du bas.

Utilisez des codes couleur

Changez la couleur de fond des diapositives pour indiquer de quel type de diapositive il s’agit. Prévoyez par exemple :

  • un fond jaune pour la date et l’ordre du jour ;
  • un fond bleu pour les instructions ;
  • un fond violet pour les diapositives d’action que les élèves sont censés réaliser;
  • un fond orange pour les annonces…

Vous pouvez utiliser la fonction « masque » de Google Slides, qui vous permet de créer des modèles de diapositives.

Liens hypertextes

Mettez le texte en surbrillance sur Google Slides et utilisez ‘Control K’ pour créer un lien hypertexte. Cela vous permettra de saisir votre agenda du jour sur la première diapositive et de lier ces points de l’agenda à la diapositive à laquelle ils se réfèrent.

Même si vous déplacez l’ordre des diapositives entre les hyperliens, l’élève sera toujours dirigé vers la bonne diapositive. Même s’il est indiqué que le lien pointe vers la « diapositive 2 », en réalité, il s’agit d’un lien vers l’ID (identifiant) de la diapositive 2. Si la diapositive 2 se déplace, l’identifiant ne change pas.

Ajoutez des captures d’écran

Prenez une photo avec votre téléphone ou faites des captures d’écran de fichiers sur votre ordinateur pour ajouter des questions et des activités pour les élèves. Les élèves peuvent effectuer le travail sur papier ou utiliser un Google Doc ou une autre plateforme pour compléter leur travail.

Ajoutez des vidéos

Renseignez-vous sur les possibilités de connexion de vos élèves. Fournissez les mêmes informations dans un texte que celles que vous incluez dans une vidéo. Vous pouvez ajouter une vidéo à partir de YouTube ou de Google Drive. Si possible, je recommande Google Drive. Toutefois, sachez que votre vidéo est privée par défaut dans Google Drive.

Créez un dossier dans le Drive pour vos vidéos et modifiez les autorisations de partage pour que toute personne ayant le lien puisse les voir. Aide sur le partage.

Screencastify est une excellente option pour créer facilement des vidéos dans Google Drive. Trouvez le dossier Screencastify dans Google Drive et modifiez les paramètres de partage pour que toute personne ayant le lien puisse le voir.

Lorsque vous utilisez le menu Insérer pour ajouter une vidéo, vous pouvez redimensionner la vidéo pour en faire un petit rectangle. Cela vous permet d’ajouter un texte d’explication près de vos exemples ou de mettre plusieurs vidéos sur une même page.

Ce n’est pas du Steven Spielberg

Il est très difficile de créer des vidéos de haute qualité. Le montage vidéo prend énormément de temps. Alors, n’essayez même pas (sauf si cela vous passionne) !

Faites des vidéos très courtes, et faites-en beaucoup. Vous pouvez viser 30 secondes. C’est particulièrement utile quand la connectivité est faible : les vidéos plus courtes ne prendront pas autant de temps à être traitées ou à charger.

N’ayez pas peur de faire des vidéos de même quelques secondes ! Quand elles sont courtes, vous êtes plus enthousiaste, plus au point, vous ne vous répétez pas, vous ne devez pas faire de pause. Ces vidéos sont faciles à refaire au besoin. Elles sont aussi plus faciles à sous-titrer, si nécessaire.

Faites un lien court

Allez sur un raccourcisseur de lien (par exemple tinyurl.com ou un autre) et créez un lien court pour chacune de vos Google Slides. Dans le cas de tinyiurl, utilisez le lien à partir du bouton Partager. Utilisez alors l’option pour créer un lien personnalisé. Par exemple : https://tinyurl.com/diapogrenouille

Grâce à un lien court, vous pouvez saisir le lien dans un feuillet à envoyer à la maison, ce qui permet aux étudiants et aux parents d’accéder plus facilement à la version publiée de Google Slides.


Article adapté de Distance Learning with Google Slides, avec l’autorisation d’Alice Keeler.
Ce contenu est soumis au droit d’auteur et n’est pas sous licence Creative Commons.

Les vertus du numérique pour catalyser la créativité dans les apprentissages

J’ai le plaisir de partager une conférence donnée dans le cadre de la 11e édition des rencontres de la eformation, dont la thématique était : « « le numérique en formation: un atout pour une pédagogie créative ? ».

Ma conférence : « Les vertus du numérique pour catalyser la créativité dans les apprentissages. »

Source : canal-u.tv.

Cette conférence a été précédée par l’excellente intervention de Bruno DeLièvre, Professeur à l’Université de Mons, et suivie par quelques autres tout autant intéressantes, notamment celle de Serge Ravet sur les Open Badges.

Qu’est-ce qu’une bonne technologie en contexte éducatif ? Les 9 règles de Stephen Downes

Une machine de Rube Goldberg (Wikimedia).

On vient de loin…

Les technologies utilisées en éducation [1] ont pu ressembler par le passé à des machines de Rube Goldberg, et n’être profitables qu’aux enseignant.es particulièrement volontaires (voir par exemple la frise chronologique proposée par Audrey Waters, The History of Teaching Machines).

[1] Profitant d’échanges sur ces questions, je choisis de parler de « technologie en contexte éducatif », plutôt que de « technologie éducative ». Le propos est valable pour les technologies en général.

Mais ça va mieux…

Les technologies de grande diffusion deviennent cependant plus faciles à utiliser, voir intuitives (dans le meilleur des cas, un mode d’emploi peut n’être pas nécessaire). Et comme tout un chacun, les enseignants emploient préférentiellement en classe des technologies de bonne utilisabilité, à l’instar d’une télévision ou d’un téléphone.

La primauté des fins, l’importance des moyens

Certes, les fins (objectifs pédagogiques) priment sur les moyens (technologies). Cependant, le choix des moyens pertinents et fiables est important pour réaliser effectivement les fins pédagogiques.

N.B. : pour reprendre une idée défendue notamment par Michel Guillou, seuls les outils numériques peuvent être qualifiés de moyens, le numérique étant un milieu.

« La technologie, les outils numériques sont bien des moyens, mais le numérique, paysage et contexte permanent de la société et donc de l’école n’est ni l’un ni l’autre. » – Michel Guillou

La bonne technologie : pas « stupide » et « pédagogiquement utile » (l’hypothèse de rationalité)

De manière synthétique, on peut dire qu’une bonne technologie fonctionne généralement par elle-même, qu’elle n’exige pas de formation technique particulière pour être utilisée et que, en contexte éducatif, elle ne détourne l’attention ni de l’enseignant, ni des apprenants.

De même, une bonne technologie apporte une plus-value pédagogique.

« Les enseignants utilisent peu les outils numériques… quand ces derniers n’apportent rien. » – André Tricot, Franck Amadieu, Qu’est-ce que le numérique permet d’apprendre à l’école ?, Note du conseil scientifique de la FCPE, octobre 2019.

On constate en effet chez les enseignants une utilisation relativement répandue des outils numériques, mais très différenciée, selon la discipline enseignée. Autrement dit, les enseignants valorisent la fonction pédagogique qu’ils recherchent dans chaque outil, selon l’hypothèse de la rationalité :

« en général, de nombreux enseignants utilisent des outils numériques quand ceux-ci apportent une réelle plus-value, sans faire perdre trop de temps. Cette plus-value est spécifique à la discipline, à la fonction pédagogique, à l’apprentissage visé, précisément. »

Les 9 règles de Steven Downes

Quels sont donc les critères d’une bonne technologie en éducation, qui la distinguent d’une technologie stupide ? Stephen Downes propose 9 règles pour identifier une telle bonne technologie (Nine Rules for Good Technology, 2000 ; j’en propose une mise en carte en anglais). Je propose ici une adaptation de son texte.

« My Nine Rules […] focus on selecting technologies according to their affordances, and will result in a certain amount of serendipity and new discovery. As new technologies should. » – Steven Downes

1. Une bonne technologie est toujours disponible.

Par exemple, le chariot d’équipement (ordinateurs portables, tablettes, projecteur…) est une mauvaise technologie. Une bonne technologie ne nécessite pas de réservation, de déménagement ni d’installation. Imaginez ce que serait la vie si nous devions planifier notre utilisation de l’ascenseur, ou faire des réservations pour utiliser le téléphone…

2. Une bonne technologie est toujours activée.

Elle ne doit pas exiger des procédures de branchement ou d’initialisation longues ni complexes. Si elle n’est pas toujours allumée, une bonne technologie peut l’être immédiatement ou, mieux encore, démarrer automatiquement lorsque le besoin s’en fait sentir. Par exemple, le téléphone est efficace car nous n’avons pas besoin de lancer un système d’exploitation avant de passer un appel… C’est aussi le cas, par exemple, avec un éclairage activé par un capteur de mouvement.

Il faut bien entendu favoriser des technologies faiblement consommatrices d’énergie dans leur mode de veille.

3. Une bonne technologie est toujours connectée.

C’est par exemple des téléphones, qui sont utiles parce qu’aucune procédure n’est nécessaire pour les connecter au système téléphonique.

4. Une bonne technologie est standardisée.

Par exemple, un téléphone se connecte à n’importe quel autre téléphone dans le monde, ou une marque d’essence alimente n’importe quelle voiture.

Une technologie stupide, au contraire, exigera que vous possédiez un système d’exploitation particulier (Apple OS, Windows, Chrome OS…) pour visionner une vidéo ou lire un document.

La standardisation favorise l’interopérabilité et le choix.

5. Une bonne technologie est simple.

Les meilleures technologies peuvent être comprises via leur interface, et non en étudiant un manuel. La bonne technologie est intuitive : pour utiliser un ascenseur, j’appuie sur le numéro d’étage. Simple. Pour passer un appel téléphonique, je compose le numéro. Facile.

La simplicité va de pair avec la variété des fonctions : le problème de nombreux logiciels, par exemple, est qu’ils essaient de tout offrir à tout le monde. Les fonctions que vous n’utilisez jamais vous gênent, et elles rendent la technologie compliquée et encombrante. Lorsque vous recherchez une bonne technologie, recherchez une technologie qui fait exactement ce que vous voulez : ni plus, ni moins.

6. Une bonne technologie ne nécessite pas de composants.

Par exemple, vous n’avez pas besoin de remplacer ni d’entretenir quoi que ce soit dans votre téléphone pour qu’il fonctionne.

Faut-il acheter régulièrement quelque chose pour pouvoir utiliser votre technologie ? Devez-vous remplacer quelque chose qui s’use ou qui s’épuise, ou qui peut être perdu ou volé ? Moins vous avez de temps à acheter ou à remplacer, meilleure est votre technologie ; la meilleure technologie n’exige pas d’achats ni de remplacements continus.

Si une technologie nécessite des pièces, celles-ci doivent être au moins universelles et standardisées.

7. La bonne technologie est personnalisée.

Par exemple, les guichets automatiques bancaires ne seraient d’aucune utilité s’ils n’ouvraient pas votre compte bancaire – et seulement votre compte bancaire. Un traitement de texte vous permettant d’enregistrer vos propres mots dans un correcteur orthographique est une bonne technologie.

Au contraire, la mauvaise technologie vous oblige à vous adapter à ses exigences.

8. Une bonne technologie est modulaire.

“Modulaire” signifie composé de pièces distinctes, chacune travaillant indépendamment les unes des autres et pouvant être agencée dans la configuration souhaitée avec un minimum d’effort.

En ce sens, la prise USB représente une bonne technologie, parce qu’elle permet d’assembler à volonté des systèmes numériques et électroniques.

9. Une bonne technologie fait ce que vous voulez qu’elle fasse. Et pas autre chose.

Une bonne technologie minimise le risque d’erreur de l’opérateur et donc la possibilité de conséquences inattendues. Une bonne technologie est également robuste, moins sujette aux pannes et aux dysfonctionnements, et fiable.

Un logiciel qui plante au lieu de fonctionner est évidemment une mauvaise technologie.

La technologie doit faire exactement ce que vous voulez qu’elle fasse. Une technologie qui fait autre chose, que ce soit par dessein ou par accident, n’est pas une bonne technologie.

Conclusion

Il est important de se rappeler qu’aucune technologie n’est parfaite. Aucune technologie ne satisfera aux neuf règles. Cependant, certaines technologies répondront à plus de règles que d’autres, et certaines technologies pourront même enfreindre une règle ou deux, tout en restant de très bonnes technologies (ne serait-ce que parce qu’il n’existe pas de meilleure alternative). Ceci étant, les enseignants doivent insister pour obtenir une bonne technologie telle que définie ci-dessus.

N.B. ce texte est aussi disponible ici au format Google Doc, permettant des commentaires ciblés.

Illustration d’en-tête : Derrick Bostrom.

Mise à jour : une infographie par Cadre21

Cadre21 nous fait le plaisir d’avoir élaboré cette infographie résumant les 9 règles caractéristiques d’une bonne technologie éducative selon Stephen Downes.

Les effets du design : ontophanique, callimorphique, socioplastique

Dans son Court traité du design (PUF, 2014), Stéphane Vial met au cœur du design la production d’effets, dont il distingue trois types (pp. 37-40).

Effet ontophanique

Il s’agit de la modification de la qualité de l’expérience vécue.

Cela s’opère par de nouvelles ontophanies, c’est-à-dire par le renouvellement des manières dont l’être (ontos) nous apparaît (phaïnô). Cet effet, dans sa positivité, produit un enchantement de l’existence.

Effet callimorphique

Il s’agit de la création de belles formes, qu’elles soient spatiales, volumiques, textiles, graphiques ou interactives.

L’exigence de beauté et d’harmonie formelle ayant été largement délaissée par l’art moderne, on peut dire que le design « endosse désormais la responsabilité de satisfaire notre besoin fondamental de beauté ».

« Le beau est passé du côté de la technique industrielle et il a émigré du champ de l’art, désormais affranchi de sa tutelle. » – J.-P. Séris, La Technique (PUF, 1994, p. 267).

Effet socioplastique

Ils ‘agit de la réforme sociale par les formes matérielles.

Le design ambitionne d’agir sur la société en la remodelant par des formes socioplastiques qui proposent de nouvelles manières d’exister ensemble. Les formes du design peuvent être socioplastiques car elles ont une utilité matérielle (à la différence des formes de l’art qui n’ont pas de valeur d’usage).

L’interface au cœur du numérique

« L’interface est consubstantielle au produit numérique »
– Louis Frechin (Designers interactifs, Petit dictionnaire du design numérique, éditions 2009, p. 18).

Stéphane Vial (Court traité du design, PUF, 2014, p. 70-71) explique très clairement en quoi une « interface est une composante nécessaire et essentielle de n’importe quel produit ou service informatisé, c’est-à-dire reposant un automate de calcul numérique » (un ordinateur, selon la définition de Franck Varenne, Qu’est-ce que l’informatique ?, Vrin, 2009).

L’interface est présente dans n’importe quel artefact numérique, de l’ordinateur personnel à l’objet connecté.

Pour comprendre cela, on peut opposer l’expérience du livre imprimé à celle du livre numérique.

Livre imprimé : « aucune interface n’est nécessaire pour y accéder. Le livre est là, ici et maintenant, et se livre à moi dans l’immédiateté de sa phénoménalité physique, sans intermédiaire et sans interactions : il s’ouvre et les pages se tournent sans qu’il y ait besoin d’une interface entre elle et moi. »

Livre numérique : « je ne peux y accéder qu’en entrant en interaction avec lui (naviguer dans son contenu) via une interface et un ensemble de procédures déterminées par elle et qui modifient la nature de mon expérience de lecture. »

Stéphane Vial parle aussi de l’essentialité de l’interface dans L’étre et l’écran (PUF, 2016, p. 206), parlant ici non pas d’une action physique sur la machine, mais d’une « interaction algorithmique » avec l’ordinateur:

« les appareils numériques ne pouvant être utilisés qu’à l’aide d’interfaces (qu’elles soient volumiques, logicielles, visuelles, tactiles ou gestuelles), la nature de l’expérience opérationnelle qu’elles offrent à l’utilisateur n’est pas de l’ordre de l’action mécanique, mais de l’interaction algorithmique. Lorsqu’on utilise un objet non informatisé, comme par exemple une machine à écrire, on peut dire que l’on agit, au sens où l’on produit avec son corps une action mécanique (on enfonce une touche) qui se répercute directement dans la matière de la machine (engrenages et leviers), aboutissant ˆ à une action physique (la frappe du caractère sur le ruban encreur). Mais lorsqu’on utilise un ordinateur, on n’agit pas : on interagit. »

Photo credit: ebayink via VisualHunt / CC BY-NC-ND