Visualiser l’état des travaux avec un tableur en ligne

1Le tableur Google Sheets s’accompagne de toute une collection de modules complémentaires (basés sur des scripts), permettant d’automatiser certaines fonctions. De nombreux modules complémentaires sont développés et gratuitement proposés par des enseignants, tels que l’ébouriffante Alice Keeler.

Alice Keeler propose notamment le module « Grade the Folder« , qui permet de renommer à la volée les fichiers des élèves selon leurs états d’avancement et d’évaluation. Elle explique ici le fonctionnement de ce module.

Je vous propose pour ma part un bref tutoriel expliquant comment utliser ce module et comment en améliorer l’usage par des émoticônes.

Ce dispositif fonctionne avec un compte personnel ou avec un compte scolaire (Google for Education).

N.B. : dans le cas où l’on ne travaille pas dans un environnement éducatif (Google for éducation), mais avec un compte Google personnel, la législation française interdit de d’utiliser des comptes privés d’élèves. Il reste alors possible de créer soi-même les fichiers individuels et de les partager individuellement aux élèves, en donnant des droits d’éditions en accès anonyme (chaque élève reçoit le lien vers le fichier qui lui correspond, mais n’a pas besoin de compte Google).

Les systèmes numériques de réponses : des anneaux d’invisibilité vertueux.

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Dans une classe ou un groupe de formation, des dispositifs numériques permettent aujourd’hui de recueillir immédiatement des réponses et des interventions, — d’une tout autre façon qu’avec la traditionnelle main levée. Ces dispositifs utilisent désormais les terminaux des élèves (ordinateurs ou appareils mobiles), et non plus de simples boîtiers de vote ou télévoteurs. Il est ainsi possible de recueillir des réponses prédéfinies (QCM), mais aussi rédigées ou même visuelles (envoi de photographies) ou audio. On parle de « systèmes de réponses instantanées » (en anglais : « Audience response systems« ). Je m’efforce de tenir une liste de tels outils dans cette carte.

Grandes catégories de questions

On peut identifier deux catégories principales de questions posées lors de l’utilisation de systèmes de réponses (d’après Caldwell, 2007 et Faillet, Marquet, Rinaudo, 2013) :

  • questions visant à évaluer la connaissance des apprenants à des fins diagnostiques, formatives ou sommatives (c’est l’usage commun des questions à choix multiples, puis de l’examen des réponses sous la forme d’histogrammes) ;
  • questions visant à créer de l’interactivité dans l’apprentissage (par exemple dans une discussion, ou encore dans une rétroaction sur la compréhension du groupe afin d’ajuster le contenu d’un cours).

Bénéfices de l’anonymat

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Pour chacune de ces situations, l’utilisation de systèmes de réponses offre une possibilité pédagogiquement très intéressante : la participation anonyme des répondants. En effet, l’anonymat « extrait le répondant du regard d’autrui qu’il s’agisse de celui du professeur ou de celui des autres élèves de la classe ». De ce fait, il lève en grande partie les « inhibitions dues à la peur, au regard des autres » (Faillet, Marquet, Rinaudo, 2013). Or, nous savons à quel point les élèves peuvent hésiter à répondre par peur de l’erreur, et cela particulièrement s’agissant des élèves français : comme le révèlent les enquêtes PIRLS et PISA, il y a « une véritable peur chez les élèves français de quitter les sentiers battus et de prendre le risque d’être hors sujet ou de commettre une erreur » (Charbonnier, 2013).

Dans le cas de la collecte de réponses libres, l’anonymat permet à l’enseignant d’évaluer et de discuter les propos plutôt que leurs auteurs. Cela est particulièrement important lorsque la réponse examinée est partagée et projetée à toute la classe (ce qui est très facile). L’élève anonyme ne se sent pas alors personnellement visé par les remarques et les critiques de l’enseignant ou du groupe, et l’enseignant ou le groupe peuvent eux-mêmes plus librement critiquer la proposition. Cela permet, de part et d’autre, une grande liberté.

Cette situation permet aussi d’ « encourager l’innovation […] par l’encouragement de la prise de risque et par l’acceptation raisonnée de l’erreur » (Becchetti-Bizot, Houzel, Taddei, 2017).

Voici ce que me dit une élève concernant l’usage en cours de Beekast (application utilisant les terminaux mobiles des élèves) :

« J’apprécie l’utilisation de Beekast qui fait participer tout le monde dans la classe. De plus, l’anonymat, même s’il est parfois mal utilisé, permet d’une part de proposer des idées pas complètement abouties que l’on aurait peut-être pas dites à voix haute et d’autre part, de critiquer ou d’améliorer une idée sans que l’auteur ne se sente visé. » — Extrait d’une lettre d’évaluation du cours, 2017.

De fait, la recherche semble montrer « une préférence des élèves pour les réponses anonymes » plutôt que nominatives (Faillet, Marquet, Rinaudo, 2013).

Un bon anneau d’invisibilité ?

one_ringLe dispositif de rétroaction devient alors comme un anneau de Gygès, mais vertueux. On se souvient en effet de la fable rapportée par Platon (La République, livre II, 359) : ayant découvert un anneau d’invisibilité, le jeune berger Gygès — pourtant de bonne réputation — libère et accomplit ses pulsions de domination, profitant de son impunité pour commettre les pires crimes (la vision selon laquelle toute morale n’est qu’une crainte hypocrite de punition n’est cependant pas celle de Socrate, mais de son opposant Glaucon). Un système de réponses « est un anneau de Gygès moderne, en ce sens qu’il permet à l’élève d’explorer un espace intermédiaire pour expérimenter son moi. L’élève devient invisible au regard d’autrui et peut jouer son propre rôle » (Faillet, Marquet, Rinaudo, 2013).

Bien entendu, l’anonymat peut être pervers. Dans le cas des questionnaires à choix multiples, certains élèves peuvent répondre de manières détachée, sans réfléchir et de manière dès lors improductive (Faillet, Marquet, Rinaudo, 2013).

Plus gravement, dans le cas des réponses ouvertes, l’anonymat peut lever l’inhibition et la civilité, comme le montrent la fable de Gygès et l’expérience commune. Certains élèves n’hésitent alors pas à communiquer des propos allant de la gaudriole potache à l’insulte franchement raciste… Cela doit être prévenu et contré de plusieurs manières :

  • par la construction d’une relation de confiance,
  • par des protections techniques :
    • anonymat relatif : réponses anonymes pour le groupe, mais nominatives dans l’interface de l’enseignant (à condition d’utiliser des comptes individuels) ;
    • modération des réponses par l’enseignant (ou un élève désigné) avant leur communication au groupe. Cette possibilité de modération est un élément déterminant dans le choix d’un système de réponses en contexte scolaire.

Promouvoir la collaboration contre la distraction

De tels systèmes de réponse reposent sur l’utilisation de terminaux par les élèves, notamment mobiles (smartphones). On se confronte alors au problème récurrent de la gestion de la distraction induite par les écrans. En effet, selon la métaphore de Tristan Harris, le smartphone est une véritable machine à sous de l’attention :

« Chaque fois que je vérifie mon téléphone, je joue à la machine à sous pour voir ce que je vais obtenir. […] Soit vous êtes dessus, vous êtes tout le temps connecté et distrait, ou vous ne l’êtes pas, alors vous vous demandez si vous loupez quelque chose d’important. En d’autres mots, vous êtes soit distrait soit vous avez peur de louper quelque chose. »

Une solution simple existe : éviter les usages individuels des écrans et promouvoir les usages collectifs. Il suffit pour cela de créer des groupes d’élèves utilisant le même terminal, qui est alors pleinement mobilisé pour l’activité. Un tel groupe s’auto-contrôle généralement très convenablement.

Images : Jorge Arimany – Own work, CC BY-SA 3.0 et Beekast.com.

Points de vigilance pour choisir des outils numériques pédagogiques

6307272095_4ff1aa5081_bEnseignants et formateurs à l’ère des écrans, nous pouvons désormais choisir parmi de très nombreux outils et services en ligne. C’est peu dire que nous avons l’embarras du choix, comme en témoigne cette liste que je tente de tenir à jour.

Afin d’éclairer ces choix, je vous propose une liste de points de vigilance à prendre en compte avant de décider de la pertinence d’un outil ou d’un service. Ces critères seront utiles aux administrateurs, aux enseignants et aux élèves.

Cette liste est élaborée collaborativement, avec le concours notable de François Bocquet et de quelques autres personnes (que je prie de bien vouloir m’excuser de ne pas citer) .

Quels points de vigilances ?

Ce document (cliquez pour l’afficher en pleine page) accepte les commentaires et les suggestions : n’hésitez pas à contribuer !

Quels registres de questionnement ?

Il est possible de classer les points de vigilance selon les registres suivants (proposés par François Bocquet) :

  • registre fonctionnel (les fonctions accessibles)
    • du point de vue de l’enseignant
    • du point de vue des élèves
  • registre technique (les possibilités techniques)
  • registre juridique (les règles de droit)
  • registre éthique (les valeurs de société)

Le choix d’un outil résultera ainsi d’un compromis entre ces trois registres.

N.B. : Jacques Dubois (DANE de Dijon) propose d’organiser ces points de vigilances en fonction de trois registres d’intérêt (voir son billet « Choisir un outil numérique« ) : registre pédagogique, registre pratique et registre politique.

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Photo credit: Douglas Brown via VisualHunt.com / CC BY-NC-SA

 

Rédiger des évaluations en concaténant les cellules d’un tableur

vJ’ai déjà présenté plusieurs manières d’utiliser un tableur pour optimiser l’évaluation des élèves et la communication de ces évaluations (« Cocher, filtrer, copier, coller : évaluer avec un tableur« , « Une rubrique dans un tableur : évaluer plus efficacement les élèves« ).

Voici un nouveau procédé, facilement adaptable à différents contextes, reposant sur des feuilles de calculs, des menus déroulants et la concaténation des remarques.

Le tableur utilisé est Google Sheets, mais le procédé est déclinable sur d’autres tableurs (Excel notamment). Toutefois, grâce à ses modules complémentaires, Google Sheets permet des opérations intéressantes, comme l’export et l’impression au format texte ou la communication des évaluations aux élèves par publipostage.

Des modèles de tableurs duplicables et modifiables sont proposés en fin de billet.

Présentation générale

Vidéo

Diaporama


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Apprendre à rédiger avec un tableur

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L’enseignant est un architecte de situations d’apprentissage. Celles-ci sont efficaces quand elles permettent des rétroactions rapides et fréquentes, allant dans le sens d’un suivi fin et d’une véritable conversation. Dans cette perspective, l’utilisation d’outils numériques se justifie lorsque ceux-ci apportent — mieux que le papier — de telles possibilités d’interaction et de collaboration (immédiates ou différées), mais aussi de publication. Tel est le cas des tableurs, notamment dans leurs versions en ligne. 

L’usage du tableur se justifie aussi par la nécessité de développer la littératie numérique des élèves, autrement dit leur capacité à travailler avec les outils numériques fondamentaux. Or le tableur fait pleinement partie de tels outils. Il est dès lors important pour les élèves d’être formés à l’utilisation du véritable couteau suisse numérique qu’est le tableur. Cet outil ne sert pas qu’à effectuer des calculs : les données organisées dans des grilles peuvent être des textes.

Flexible, polyvalent et désormais en ligne (donc partageable et collaboratif), ses potentialités en font un outil de choix pour la conception de situations d’apprentissage. Pourquoi ne pas explorer plus avant ses potentialités pour des activités de recherche, d’écriture et d’évaluation ?

The answer is always a spreadsheet.
— Alice Keeler, @alicekeeler

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Suivi des prises de paroles négociées et des compétences avec un tableur

capture-decran-2017-02-18-a-21-18-14Un billet précédent a expliqué comment utiliser un tableur pour suivre des activités de prises de paroles négociées en groupes. Le but est ici d’inciter les élèves à élaborer collaborativement des réponses, et à prendre davantage la parole.

Je propose une version incluant le suivi de compétences. Le but est d’inciter les élèves à mettre en œuvre certaines compétences utiles dans l’apprentissage. Le tableur permet de de demander et de valoriser les compétences voulues dans les prises de parole.

Dans le cas de cours de philosophie, par exemple, j’attends que les prises de paroles comportent du questionnement, de l’argumentation, de la précision conceptuelle et des références à la culture philosophique et générale. Le tableur permet aussi de visualiser ces compétences par des badges ou des pictogrammes.

  • Voici une explication en vidéo.

Comme toujours, cette proposition très améliorable attend vos remarques avec curiosité.

Un tableur pour suivre des prises de paroles négociées en groupes

Capture d’écran 2017-02-18 à 21.19.36.pngPour animer et « ludifier » en classe les travaux de groupes, j’avais présenté un tableur pour suivre les scores de travaux en « îlots bonifiés ».  Après avoir poursuivi cette activité, je propose une nouvelle version, quelque peu allégée, du tableur. L’outil est ici Google Sheets, mais on peut facilement utiliser une autre application (Excel, Numbers, OpenOffice, Framacalc.

N.B. : je propose également une version prenant en compte le suivi de compétences.

Comme toujours, ceci est un travail en cours d’amélioration, qui bénéficiera résolument de vos remarques.