Suivre les compétences des élèves avec Podio

Par souci d’organisation professionnelle et pédagogique (mais aussi par un tropisme technophile personnel tenace…), j’explore diverses façons numériques de suivre les profils de compétences et les progressions des élèves.

 

Un cahier des charges

Mon cahier des charges pour un outil numérique de suivi des compétences des élèves est en gros le suivant :

  • accès multi-plateformes : possibilité de travailler indifféremment sur les terminaux fixes (ordinateurs fixes et portables) et mobiles (iOS, Android…) par synchronisation des données ;
  • flexibilité : possibilité de configurer librement les items ;
  • communication : possibilité d’exporter, de publier, de partager les données ;
  • collaboration : possibilité de travailler à plusieurs sur les mêmes items ;
  • gratuité si possible, ou faible coût.

 

De nombreuses solutions disponibles

La panoplie des solutions disponibles est assez vaste, et en perpétuel accroissement.

Il est d’abord possible d’utiliser des applications et des plate-formes dédiées. On prendra la mesure de l’offre via une requête de recherche avec ses mots clés : online grade book (je mentionne ici l’originalité de jumpro.pe, orienté sur l’évaluation par compétences).

Mais il est aussi possible de construire son propre dispositif en adaptant des outils génériques. De façon classique et efficace, on peut configurer et utiliser un tableur, avec la possibilité intéressante de visualiser les données sous forme de graphiques. Ghislain Dominé propose une en ce sens une intéressante utilisation du tableur Numbers via iOS ou MacOS (voir son Guide de l’iPad à l’usage des enseignants). J’ai moi-même essayé une utilisation de Google Spreadsheet.

 

Un outil flexible aux riches fonctions : Podio

Cette année scolaire 2013-2014, j’ai adapté et utilisé avec un certain succès Podio, une application de gestion collaborative de projets fonctionnant en ligne (via le navigateur) et via les terminaux mobiles iOS et Android. Podio nécessite certes un certain temps d’apprentissage, mais c’est un outil d’une étonnante flexibilité et offrant une multitude de fonctionnalités (il intègre d’ailleurs d’autres services dans son écosystème). Podio est traduit en français et offre gratuitement accès à toutes ses fonctions à concurrence de 5 utilisateurs par espace de travail.

Dans le cadre d’une évaluation formative et "narrative" (c’est-à-dire la plus explicite possible et la moins chiffrée possible, selon le modèle proposé notamment par Mark Barnes), j’ai d’abord configuré des fiches d’évaluation et de suivi des compétences des élèves (Podio nomme cela des "apps").

J’ai ensuite régulièrement renseigné ces fiches via le navigateur de mon ordinateur ou via une tablette ou un smartphone. Il est possible de joindre des documents à chacune des fiches (pdf, fichier texte ou autre), à partir du disque dur ou des espaces de stockage (Google Drive, Dropbox…). On peut ainsi, au besoin, garder trace de travaux d’élèves dans leurs fiches respectives.

Par la suite, on peut facilement trier les fiches selon tous les critères et croisements possibles, ce qui permet au besoin de créer des groupes de travail selon les compétences des élèves.

Un grand intérêt de Podio est la possibilité d’imprimer les fiches pour les communiquer aux élèves (il est aussi possible de les exporter au format tableur Excel). Cela facilite les discussions individualisées avec les élèves concernant leurs forces, leurs faiblesses et leurs progressions. Une grande aide de Podio est qu’il est possible de préparer des remarques typiques assez explicites qu’il suffira ensuite de cocher, — ce qui économise la peine de les écrire à de multiples reprises. Précision importante : Podio imprimera tous les éléments renseignés sur une fiche, — et il n’imprimera que cela. Ainsi, un item laissé vide n’apparaîtra pas sur la fiche imprimée, ce qui est intéressant si l’on veut à la fois simplifier l’information transmise aux élèves, mais aussi si l’on veut l’affiner et la différencier. Attention dès lors : puisque tous les éléments de chaque fiche sera imprimé, il faut prendre garde de placer les remarques que l’on veut garder privées sur une autre fiche de suivi.

Puisque Podio est un outil de gestion de tâches, on peut aussi associer des tâches à chaque fiche dans le cadre du suivi des élèves.

Pour le suivi des élèves, une fonction puissante de Podio que je n’ai pas exploitée est la collaboration. Il serait en effet possible de partager les fiches entre plusieurs enseignants pour un suivi commun sur des compétences transversales, avec possibilité de discuter entre enseignants dans chaque espace de travail.

J’ai aussi utilisé Podio pour rédiger et transmettre des fiches d’évaluations ponctuelles, comme dans le cas d’exposés oraux. J’ai ainsi créé un modèle de fiche spécifique pour les exposés oraux. Chaque fiche renseignée directement lors d’un exposé a ensuite été imprimée et remise à l’élève.

A noter que Podio permet d’hyperlier des fiches entre elles (flux de travail utilisant des références d’apps). Ainsi, chaque fiche d’identité individuelle de chaque élève pourra-t-elle être liée à chacune des fiches d’évaluations générales ou spécifiques lui correspondant. Cela permet une efficace circulation entre les fiches.

Si vous avez des questions, des remarques ou des témoignages d’utilisation, merci de les communiquer en commentaires.

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Voici des captures d’écrans  à titre d’illustrations.

 

 

 

 

 

 

Des espaces partagés d’écriture avec Workflowy

Nous découvrons souvent dans les outils numériques des possibilités d’usages inattendus, des détournements qui sont autant de catachrèses (terme désignant d’abord l’emploi d’un mot au-delà de son sens propre, la catachrèse peut désigner un « écart entre le prévu et le réel dans l’utilisation des artefacts » (Pierre Rabardel [1]). Ces catachrèses peuvent permettre de répondre à des besoins didactiques, ou encore d’inventer de nouvelles situations d’apprentissage.

Je voudrais présenter ici quelques catachrèses pédagogiques de WorkFlowy.

Qu’est-ce que WorkFlowy ?

Workflowy est un outil collaboratif d’édition de listes textuelles, qui fonctionne en ligne (via un navigateur) ou hors ligne (via des applications mobiles iOS et Android). Piloté par une interface d’une grande simplicité, WorkFlowy dispose à ce jour des fonctions suivantes :

• imbrication infinie de listes ;
• zoom sur toute sous-liste (permettant d’occulter l’affichage des autres listes) ;
• marqueurs de métadonnnées (hashtags) et affichage par filtres (affichage exclusif des items contenant certains marqueurs) ;
• utilisation hors ligne via les application mobiles ;
• synchronisation automatique entre l’ordiphone, la tablette et l’ordinateur ;
• publication en ligne d’éléments spécifiques ;
• partage et collaboration (même sans création de comptes tiers) ;
• ajout de notes à n’importe quel élément d’une liste ;
• développement et réduction rapides des listes ;
• marquage d’éléments comme « complets » ;
• recherche plein texte ;
• réception de rapports d’activité par courriel…

WorkFlowy est accessible dans une version "Pro" (4,99 $ par mois, 49 $ pour une année) dotée de fonctions spéciales :

• nombre illimité de listes et d’éléments (la version gratuite est limitée à 500 items par mois) ;
• sauvegarde synchronisée sur Dropbox ;
• collaboration sécurisée par mot de passe (partage de certaines parties des listes avec des personnes spécifiques, vérifiées par adresse e-mail et mot de passe) ;
• édition du contenu hors ligne ;
• bibliothèque de thèmes et de polices de caractères.

 

Exemple de dispositif pédégogique avec WorkFlowy

Voici l’activité d’écriture que j’ai organisée avec WorkFlowy, — cela restant une piste parmi de nombreuses autres inventions ou catachrèses. Cette activité se déroule en salle informatique multipostes (elle pourrait aussi se dérouler de manière asynchrone dans le cadre de travaux à la maison).

Pour que chaque élève (ou groupe d’élève) puisse écrire dans un espace réservé, j’ai d’abord créé autant de listes que d’élèves (ou groupes), puis j’ai ouvert chacune des listes en mode partagé et j’ai communiqué chaque url aux élèves concernés.

 

 

Les élèves ont alors rédigé leurs textes selon les consignes données : dans ce cas, un travail d’argumentation autour d’une question de réflexion, avec comme contrainte d’utiliser des marqueurs (hashtags) sur les noms des philosophes.

Voici quelques aspects intéressants de ce dispositif.

• Les élèves s’approprient l’outil en quelques minutes (l’interface et les commandes sont d’une grande simplicité).
• Les élèves accèdent à leur espace de travail par simple url, sans devoir créer de comptes spécifiques.
• Les élèves ne visualisent que leur liste ou espace de travail. Ils peuvent toutefois accéder aux autres espaces si l’enseignant le désire. Pour cela, il suffit de leur communiquer l’url de chaque liste concernée ou encore l’url d’une liste de niveau supérieur englobant les listes concernées. Il est d’ailleurs très facile de publier à la volée les listes ou espaces de travail par simple glisser-déposer (en déplaçant les listes privées dans une liste déjà publique et publiée).
• L’enseignant visualise dans la même fenêtre tous les espaces de travail constamment synchronisés.
• L’enseignant peut filtrer l’affichage par mot-clé (hashtag). Ceci est intéressant si l’on veut par exemple visualiser comment tous les élèves ont utilisé tel auteur (#Hegel, #Platon…) ou tel élément d’écriture (#argument, #exemple, #citation…).
• L’enseignant peut afficher et présenter les éléments voulus ou les exporter au format texte ou encore les imprimer pour des travaux ultérieurs.

Voici quelques manipulations des espaces de travail avec WorkFlowy :

 

Si vous explorez vous-même WorkFlowy en contexte pédagogique, n’hésitez pas à partager vos remarques ou vos questions.

 

[1] Pierre Rabardel, "Éléments pour une approche anthropocentrique des techniques dans le système éducatif », dans Séminaire de didactique des disciplines technologiques, Cachan, 1993-1994.
Voir aussi http://ergoserv.univ-paris8.fr/site/groupes/modele/articles/public/art372102061765426783.pdf et http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article202.

> Merci à Nicolas Roland pour la communication de l’usage de ce terme et des travaux de Rabardel.

 

Réaliser et publier de courtes animations avec Tellagami

Capture d’écran 2014-04-20 à 21.31.53Les outils numériques facilitent la mise en œuvre des "quatre C" pédagogiques (pensée Critique, Collaboration, Créativité et Communication) et permettent de varier les séquences pédagogiques. Les applications mobiles de créations audio-visuelles peuvent en ce sens s’intégrer de multiples façons dans les séquences de cours. Tellagami en est excellent exemple.

Tellagami est une application très simple d’utilisation, fonctionnant sur les terminaux mobiles (ordiphones et tablettes iOS et Android), gratuite à ce jour. Tellagami permet de synchroniser un enregistrement vocal aux mouvements d’un personnage virtuel (d’aspect configurable avec quelques options), dans un décor choisi. La vidéo finale peut être directement publiée en ligne (sur le site de l’application) ou sauvegardée dans la bibliothèque de l’appareil mobile (puis exportée).

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L’enseignement de la philosophie doit certainement penser la culture numérique, mais il peut aussi s’en saisir et l’intégrer dans sa démarche. Face aux forces des industries de captation de l’attention, il est de la responsabilité de l’école de “coloniser académiquement” les outils numériques et d’éduquer les élèves à des usages numériques créatifs et réflexifs.
Corrélativement, cette intégration au cours de philosophie des outils et de la culture numérique permet de développer une pédagogie active. Elle permet de varier les activités de classe, souvent de manière ludique, en les ouvrant sur le monde extérieur. On développe ainsi quatre compétences importantes pour notre monde contemporain, connues comme les quatre C : Critical thinking ou pensée critique, Collaboration, Communication et Créativité.
> Pour une vue plus large, merci à Jean-Michel Le Baut qui dépeint si bien la nature de mon projet : La philosophie enrichie.
> Et merci aux amis de e-teachers pour cet espace de parole.

Plickers : des “boîtiers de vote" en papier pour les élèves.

Comment permettre aux élèves d’une classe de répondre simultanément à une même question (question fermée ou sondage) et comment recueillir à la volée leurs réponses "anonymement", sans qu’ils puisent être influencés par les réponses de leurs pairs ? Comment consulter instantanément et archiver ses réponses individuelles ? Comment visualiser et projeter les graphiques statistiques des réponses des élèves ?

Des technologies le permettent aujourd’hui, mais elles sont souvent coûteuses et assez lourdes à installer. Les boîtiers de vote électroniques (télévoteurs ou clickers), permettent la collecte immédiate et le traitement statistique des réponses. Mais ils supposent un équipement assez onéreux pour chaque salle de classe (jeu de boîtiers émetteurs, dispositif de réception et logiciel de traitement des données), des risques de détérioration ou de perte ainsi qu’un entretien régulier(remplacement des batteries, mises à jours des applications). De même, les systèmes de réponses distribués sur les outils mobiles des étudiants et administrés via des plateformes en ligne (comme Socrative) supposent un équipement de chaque élève et des connexions sans fils. Ces conditions d’équipement sont rarement intégralement rencontrées et sont de toute façon difficilement exigibles de la part des élèves.

La recherche, de son côté, montre que l’utilisation des télévoteurs augmente la confiance en soi, la motivation, la satisfaction des étudiants et la rétention de la matière (voir la synthèse de V. Laberge et E. Francœur : "Les télévoteurs et la dynamique de classe").

Un nouvel outil vient opportunément répondre en large partie à ce problème, d’une façon étonnement simple et brillamment efficace : Plickers. Plickers avance un slogan que l’usage ne dément pas : "Clickers, Simplified".

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Participation orale des élèves : donner les jetons pour ne pas avoir les boules

Dans chacune de nos classes, la prise de parole des élèves est bien souvent inégale : alors que certains interviennent systématiquement et dominent les échanges, d’autres demeurent obstinément muets…

Comment inciter tous les élèves à parler et à participer ? Comment le faire ludiquement ? Est-il possible de visualiser la distribution de la parole dans la classe ?

Parmi des nombreux trucs pédagogiques répertoriés, j’en ai trouvé un à la fois très simple et très efficace : les jetons de poker (voir par exemple ces références).

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Stimuler et évaluer les débats oraux avec Classdojo

Il y a heureusement constamment des discussions constructives dans mes cours, — mais pas assez souvent de débats selon des cadres formels. Or les élèves eux-mêmes me demandent d’organiser de vrais débats ! Je me propose donc d’améliorer cette dimension de ma pédagogie.

Comme souvent, un outil numérique me permet d’accompagner et de vivifier ma démarche pédagogique : Classdojo. Classdojo est un outil flexible qui permet de créer des classes et des profils (élèves ou groupes), ainsi que des éléments d’évaluation et de suivi. Il génère des rapports détaillés. Il fonctionne également hors ligne via les applications mobiles iOS et Android. > Présentation des fonctions.

Bien que manifestement destiné aux écoles primaire ou aux collèges (par son interface enfantine), cet outil peut être utilisé dans des classes plus avancées de secondaire, notamment selon la modalité suivante.

Voici la démarche détaillée.

 

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